THE AUTEURS
"And i wanted glamour not tragic rock'n'roll"
Un soir de 1995, j'avais décidé d'enregistrer un concert de Miossec retransmis pour une fameuse émission de radio. Ce soir là je reçus une véritable claque. Celle ci n'était pas due au concert, mais à un single joué juste après. J'en gardais une impression diffuse, mais quelquechose m'avait accroché. L'émission à peine terminée, je me précipitai vers la cassette (quel heureux hasard me l'avait fait enregistré ce jour là !) : une intro nerveuse, un peu inquiétante, une voix...particulière, un break innattendu, une impression que rien ne pouvait l'arrêter... Le titre ? "Back with the killer again", des Auteurs. Je ne sais combien de fois je l'ai réecouté sur le coup. Dès le lendemain je me mettais en quête du single. Et une fois celui-ci trouvé, en quête des albums précédents... Et à ce jour, je ne suis toujours pas lassée.
The Auteurs, vous n'en avez probablement jamais entendu parler. Le groupe existe (enfin apparait, disparait, reapparait) pourtant depuis 1992. Pourquoi un tel manque de reconnaissance ? Difficile à dire car les compositions sont impeccables, les mélodies souvent imparables (Lenny Valentino, Land Lovers, How Could I be Wrong?, Junk Shop Clothes), pour n'en citer que quelques unes), et en 10 ans Luke Haines (leur chanteur/guitariste/compositeur/dictateur) (un ami me souffle "plutot compositeur/ chanteur/ dictateur/guitariste"...) a facilement composé plus de 100 chansons sous des identités différentes (on y reviendra) parmi lesquelles une bonne poignée de classiques.
Le seul problème, ce qui leur a en partie empêché un succès commercial... ce sont les paroles. Ses chansons ont ceci de particulier qu'elles sont dures, agressives, réelles. Bref, pas le genre de choses que l'on écoute d'une oreille distraite lorqu'on a envie de se détendre. Pas étonnant qu'une chanson intitulée "Unsolved Child Murder" ne rencontre pas le succès escompté lorsqu'elle est sortie comme single de Noël ! En effet les obsessions de Luke Haines sont la cruauté ("sack the maid, put her in chains until it's painless" - Married to a Lazy Lover), les classes ("there are only two people here who are worthy of you pool and your palace, so stand down"- Valet Parking) , les vies ratées ("Ten years caught in a trap by my own cunning" - Underground Movies), la mort ("fear of flying is eating you whole, i have no fear of dying at all" - Fear of Flying), l'hypocrisie ("Is your word as good as your bond, your stammer, your honesty?" - Idiot Brother)... Qui veut entendre parler de cela, même lorsqu'on touche là ou ça fait mal ? Et pourtant ces paroles ne sont pas sinistres lorsqu'on se donne la peine de les écouter : bien au contraire le leader distille dans ses compositions une dose d'humour à froid qui permet de faire passer la pilule. Sans compter les délicieuses provocations dont il se rend régulièrement coupables...
Comment réussir en quelques lignes à faire passer l'impression de perfection qui se dégage de la plupart de ces chansons ? Une fois écoutées, cela semble évident : c'est la musique qu'il faut avec le texte qu'il faut. Là on ne trouvera pas d'efforts lyriques laborieux, tout coule de source. En 2 à 3 minutes, the Auteurs écrivent une chanson que d'autres s'escriment sans succès à essayer de composer depuis des années. Tant de facilité insolente laisse sans voix. En deux mots : they rock !!!
Une autre preuve de leur classe est la façon dont ils sont capables de passer sans problème d'un genre à un autre. Ainsi une vingtaine d'années apres la vague de 77, ils écrivent un parfait brûlot punk énervé ("Your Gang, Our Gang"). Et à côté, ils montrent qu'ils ont une âme en écrivant des chansons aussi poignantes et magnifiques que "Junk Shop Clothes", "Married To a Lazy Lover" ou bien encore "How Could I be wrong?". Ils ne se contentent pas d'une recette éprouvée, ils se renouvellent sans cesse. Le résultat ? Quatre albums qui ne sont pas de simples répétitions, et un plaisir qui ne cesse d'augmenter au fur et à mesure de chaque écoute.
J'en suis à un point où j'envie presque ceux qui ne connaissent pas encore. Je me rappelle encore du plaisir que j'ai eu à collectionner ce que j'avais manqué : les raretés, les bootlegs... aaaaahhh...Mais par où commencer ? Mon album préféré reste After Murder Park, un album assez sombre, mais qui contient une chanson caractéristique du style de Luke Haines, "Land Lovers". Vous savez, ce genre de chansons dont vous devinez l'auteur (et oui...) dès les trois premières secondes ? Sans ça "Lenny Valentino" bien sûr et son intro imparrable et accrocheuse. Ou bien encore si vous voulez des compositions plus acoustiques, la plupart des chansons du premier album, New Wave.
Pour en revenir aux "identités différentes" et pour ceux qui accrocheraient, il faut savoir que Mr Haines ne s'est pas cantonné aux seuls Auteurs. Entretemps il aura également sorti un album unique sous le nom de Baader Meinhof, deux albums avec Black Box Recorder, et deux (dont une BO) sous son nom.
Voilà, voilà, en espèrant que j'aurais pu vous convaincre! :p
Pour une prochaine fois (si vous le voulez bien) : Baader Meinhof et Black Box Recorder (non! je ne suis pas obsessive!).
[veine]
Discographie sommaire :
Albums :
New Wave (1993)
Now I'm a Cowboy (1994)
After Murder Park (1996)
How I Learned To Love The Bootboys (1999)
Singles :
How Could I Be Wrong ?
Lenny Valentino
Back With The Killer Again
Light Aircraft On Fire
Kid's Issue
Azor